L ' AUTEUR .
Dès l’école primaire , à « la Communale », ce que je préfère, c’est dessiner une fleur ou raconter par écrit une histoire. En sixième, ma « Chasse aux papillons » paraît dans les pages du journal ducollège. Pour autant, je n’ai jamais été un aigle en Français. A l’escadron Normandie-Niémen, je suis désigné volontaire d’office pour assumer la responsabilité (rédaction et parution) d’un modeste mensuel propre à l’unité. Je fais du reportage et aussi de la fiction ; avec un brin d’humour si possible. Je me rappelle avoir mis en émoi le commandement, (« Comment se fait-il que nous n’ayons pas été mis au courant !? »)à propos du reportage, présenté en deux épisodes, sur un incident de vol grave, mais fictif-poisson-d’Avril. !
Preuve au moins qu’on me lisait !…
Plus tard, Le Courrier d’Aix publie nombre de mes contes et fables, pendant qu’en amoureux du Moyen-âge et, justement, à partir de l’un de ces contes, je me documente en vue de la rédaction d’un roman historique, ancré dans le fameux temps de la chevalerie et des croisades. Sélectionné dans la phase anonyme d’un concours pour manuscrits-premiers-romans, puis déçu par les combines évidentes de la phase finale non-anonyme, je range le mien au fond d’un tiroir, pour me consacrer à un récit sur la vie en famille. Je monte à Paris pour rencontrer quelques éditeurs.
L’un d’eux m’écoute après m’avoir lu et me demande si je n’ai rien sur la visite en prison. Je prends des notes, lui dis-je, mais tout reste à rédiger. Il m’engage à lui expédier mon récit dès qu’il sera bouclé. C’est ce que je fais. Il le publie, en 83, sous le titre de Visiteur de prison . Peu àpeu, le tirage à 3.000 exemplaires est épuisé. Toutefois, je dispose encore de quelques exemplaires chez moi, pour d’éventuels fanas… Le même éditeur (Nouvelle Cité) me demande de lui soumettre un récit remanié selon ses directives, sur la vie en famille, illustrant ce titre : Elever nos enfants. Ce récit est publié et le premier tirage est lui aussi pratiquement épuisé.
Le directeur littéraire ayant changé de maison, c’est à Fayard que j’adresse mon récit suivant,publié sous ce titre : Ados derrière les barreaux. A ce jour, plusieurs milliers exemplaires se sont vendus, sans publicité aucune. Hélas, des difficultés de cuisine interne étant survenues, l’éditeur de la collection ayant accueilli mon récit vient de quitter Fayard. Ce qui n’arrange pas le commerce…Aussi, en accord avec ceux à qui j’ai fait confiance, suis-je en mesure de poursuivre de mon côté la vente des exemplaires restants de mon livre.(Quelques dizaines...)
C’est alors que je ressorts mon manuscrit-roman de derrière les fagots. Je fonce sur Internet tête baissée, convaincu que c’est l’avenir ! Publibook me paraît être la solution la plus rapide. Je publie chez eux mon fameux roman historique, obéissant aussi à la poussée des lectrices qui avaient lu et apprécié le tome I.
Poussé aussi à terminer la rédaction du tome II. Titre : Ainsi disait un troubadour. Puisque c’est un troubadour de Sauveterre-de-Rouergue qui raconte : Un valet d’écurie (serf) part avec son seigneur chevalier pour la première croisade. Il ne sait pas qu’il va avoir un fils qui deviendra gendre du comte de Rodez, puis un petit-fils quasiment fou-furieux et va-t-en-guerre, miraculeusement guéri par la mort accidentelle de l’arrière-petit-fils, celui-là, pacifique et poète. Fin du tome II.
Mais le tome I est surtout l’histoire de Toine, le valet d’écurie, fait prisonnier avec un enfant qu’il vient de recueillir. Ils sont vendus à Osaïlha, princesse stérile de Damas.
Et c’est là-bas que se déroule la majeure partie du Tome I. Tome I édité donc, dans un premier temps, chez Publibook. Précipitation=déception,…au bout d’un an, laissé écouler «pour voir ». J’ai arrêté l’aventure avec Publibook, dont la commercialisation ne se fait guère qu’en ligne et à un prix, selon moi, prohibitif. J’ai récupéré mes droits. De ce premier tirage (peu important,) il ne me reste que quelques exemplaires.
Et j'ai terminé un conte pour petits et grands (L'Oiseau de Minerve) est également bouclé et cherche éditeur. ( Actuellement à l'étude chez Bayard Paris... 12/2006 )
Un autre roman - un conte moderne plutôt - intitulé : Le procès de Dieu dont le remaniement est terminé ( retouches toujours possibles ) est en lecture ( des mois...) chez deux ou trois éditeurs. Si quelqu'un est intéressé par sa lecture par curiosité et/ou plaisir, je l'envoi volontiers en pièce jointe par voie d'e-mail. Cadeau, pour le fun et le partage des réflexions. les plus profondes comme les plus anodines. Sans prise de tête!
Vous voyez,... les idées ne manquent pas. Mais les jours n’ont que vingt quatre heures !
René Mouysset.
TEXTES à LIRE ,
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Conte pour enfants de 9 à 99 ans !
Ce texte (protégé lui aussi) est lisible gratuitement à 100 pour 100. Il y a quelques mots de présentation en page d'accueil.
Pour des raisons d'espace, ce texte n'est plus sur le site, mais je peux vous l'envoyer par mail, en pièce-jointe, sur simple demande. Surtout ne soyez pas gênés! C'est un plaisir pour moi d'abord...
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N° 2
Deux textes: un petit conte de Noël écrit à partir d'une réalité aujourd'hui lointaine de l'après-guerre 39-45.
" Le vrai Noël de Pèrédoun "
Et le compte-rendu en deux pages (une commande ) d'un pélerinage :
"Entre Provence et Calvados, un millier de bornes à pied."
Voici donc d'abord le conte:
Le vrai Noël de Pèrédoun.
( Conte inspiré d'un personnage réel )
Joyeux Noël à toutes et tous.
Le vent souffle du nord. Le « vent noir », comme on l’appelle ici.
Du fond de la grisaille ont surgi des myriades de papillons blancs. Malgré le vent, ils se sont posés, accrochés aux buissons des haies, aux brindilles des branches. Ou bien ils ont roulé sur le chemin durci par le gel pour finir dans le fossé. Et très vite le fossé s’est comblé.
Alors, le vent effiloche cette laine blanche. Il en fait des dunes froides. De très hautes dunes derrière les talus et les fourrés. Par endroits, ces congères barrent la route.
Les pas deviennent sourds, amortis, sans écho.
Ainsi, marche-t-il sans bruit, de ce pas décalé que lui vaut sa jambe plus courte et son pied bot. C’est de ce pied difforme, arrondi, qu’il tient son surnom : « ped-redon» ou pied-rond en occitan, que les paysans d’ici prononcent « pèrédoun ».
Pèrédoun, comme un baluchon vivant d’où seuls émergent deux yeux brillants, avance sans forcer son allure.
Après tout, s’il n’aime pas le froid, il aime la neige, Pèrédoun, comme un enfant aime la neige. Sa seule crainte serait de perdre son chemin, en déviant, sans vrai repère sur ce plateau dénudé. La tempête brouille tout. Elle confond talus et fossés, le jour et la nuit.
Sur ce chemin, seule la direction du vent peut servir l’éternel itinérant avisé.
Il doit garder le vent dans le dos et avancer.
Pèrédoun n’a ni maison, ni famille.
Sa maison, sa famille, c’est la route, les champs, les forêts, les quatre saisons et toutes créatures qui vivent. Même les humains. Certains humains.
En effet, parmi ces derniers, il y a ceux qui l’accueillent et ceux qui le chassent. Et il y a les enfants et les chiens de ceux-ci et les enfants et les chiens de ceux-là …
A la belle saison, les enfants qui voient venir Pèrédoun de loin, vont de toute façon à sa rencontre et l’accompagnent en dansant à cloche-pied et en chantant en cadence : Pè- rédoun ! Pè-rédoun ! Pè-rédoun !... Ce qui ne déplait pas au mendiant, car il aime les enfants.
Pèrédoun a pour habitude et depuis toujours d’aller ainsi de village en village, sans jamais se fixer. Il choisit ses villages et, dans ces villages, il choisit ses hôtes. Il va là où il sait qu’on partagera volontiers le pain avec lui.
Le froid n’a pas encore traversé la triple épaisseur de vieux manteaux que Pèrédoun porte l’un sur l’autre. Une écharpe de laine mitée lui enturbanne la tête. Elle écrase le chapeau et fait deux fois le tour du bas de son visage et du cou. A travers la laine pulse la vapeur de sa respiration.
Le mendiant tient ses mains enfouies dans des poches défoncées. En attendant de les fumer, il serre au creux de sa main de précieux mégots.
Les flocons le débordent en tourbillons affolés. Le ciel s’épaissit encore. Mais Pérèdoun a connu pire. Depuis le temps qu’il marche, qu’il marche… D’ailleurs, il n’est plus très loin du terme de son étape.
Chaque année, le même jour, quasiment à la même heure, c’est ici qu’il débarque, quel que soit le temps.
Et si la fatigue est plus forte, comme ce soir, la joie l’est aussi. Car ce village est plus cher que tout autre à son cœur. Il sait qu’on l’aime ici et c’est ici qu’il s’applique à passer à cette date précise : le 23 Décembre tout juste ! Et pour deux nuits.
D’ailleurs, on s’inquiète déjà à son sujet :
- On n’a pas encore vu Pèrédoun. Il devrait être là…
- C’est vrai. Tu vois pas qu’il soit mort, ce pauvre homme ?... sans qu’on le sache ?
- Non…, il n’est pas si vieux ! Il est encore robuste. Il aura été retardé par le mauvais temps.
- J’espère qu’il est bien couvert. Avec cette tempête!...Vieux ou pas.
- C’est un homme qui n’a pas d’âge.
- Quelle vie, tout de même !...soupire la femme.
- Il ne va pas tarder, rassure le paysan.
Et Pèrédoun arrive, en effet. Quasiment épuisé.
Mais, fidèle à son habitude, c’est chez le voisin de l’autre bout du village que Pèrédoun fait halte ce soir. Sans fanfare pour cette fois, sans enfant ni chien venus au-devant de lui. Il fait bien trop mauvais temps !
Le lendemain soir, Pèrédoun traverse le village engourdi, pour rejoindre enfin la ferme où il se sent chez lui.
Le chien jappe deux fois. A l’appel de Pèrédoun : « Fidèle ! » - l’homme se rappelle - le chien s’approche ; sa queue frétille. Pèrédoun s’est arrêté pour s’accroupir. Il sourit sous sa moustache de givre. Il grogne de plaisir, tout en caressant la tête de Fidèle. Puis le chien se dégage, se retourne et aboie deux fois, pour prévenir son maître.
Les plus jeunes des enfants - ils sont nombreux ici – accourent et crient : « C’est Pèrédoun ! c’est Pèrédoun ! » Et les voilà qui le pressent de questions, sans attendre les réponses : « D’où tu viens, Pèrédoun ? Où tu vas ? T’as pas eu froid ? Pourquoi tu boîtes ?...
- Aaaah, fichez-lui un peu la paix, les enfants ! invite le père.
Et Pèrédoun sourit, buvant son petit lait…Il finit d’arriver. Il va poser ses besaces. Il va se reposer. Il ne dit presque rien, Pèrédoun. Sauf si c’est utile.
- Où tu vas dormir, ce soir, demande un enfant.
- Ici . Derrièr’ l’cul des vaches ! lance-t-il, heureux. Avec Fidèle ! »
Et c’est vrai que Pèrédoun ne désire rien d’autre pour son couchage. Non seulement il ne désire rien d’autre, mais encore il exige - condition sine qua non - d’être accueilli à l’étable. Dans la paille fraîche, au milieu des bêtes. A la cuisine et dans une chambre ?... Non ! Il ne serait pas à l’aise ; il ne mangerait pas bien ; il ne dormirait pas bien. Non ! Et, ici, depuis longtemps, on a compris cela et on s’est fait une raison. Ce qu’il aime plus que tout, Pèrédoun, c’est la compagnie des bêtes et des enfants. Voilà. Alors, les enfants ne le quittent pas ! Tant qu’ils le peuvent. Ils l’entourent. Ils se soucient de son rustique confort.
Exceptionnellement, Pèrédoun accepte une couverture pour la nuit. Ils se mettent à deux, les enfants, pour la lui porter, avec cérémonie.
Ce soir, c’est Noël !
Pour son dîner, Pèrédoun a droit à son morceau de dinde, du Roquefort, de la bûche de Noël, des chocolats, des mandarines ; le tout arrosé d’une bonne bouteille de vin bouché. Enfin, pour couronner le tout, avec les recommandations de prudence pour le feu, un gros cigare !
Tout ce qu’il aime !
Pèrédoun est aux anges !
Bien installé à l’écart de la paille, il partage son repas avec Fidèle.
Les vaches ruminent en paix.
Dehors, le vent pointu ne charrie plus que des miettes de neige durcie dans un grésillement sans fin.
Décidément, qu’il fait bon ce soir dans l’étable !
Quand les cloches du village appèlent les paroissiens dispersés, un peu avant minuit, le fermier, sa femme et leurs deux aînés, sortent pour rejoindre l’église. Mais auparavant, ils font un crochet par l’étable.
Pèrédoun ne dort pas encore. Il a le sourire. Son petit festin terminé, il s’est allongé à demi sur la paille, entre la dernière vache et Fidèle.
- Ca va ? questionne le fermier.
Comme réponse, un geste pour dire : « C’est parfait ! ».
- Pas froid ?
- Mêm’ pas b’soin d’ la couverture !
- Gardez-la tout de même près de vous, recommande madame. Au petit jour, vous risquez d’avoir froid.
Il la garde, la couverture, comme il a mis de côté la moitié du cigare. Pour demain. Maintenant - il le sent- il va bien dormir.
- Alors, fais de beaux rêves, lance l’un des fils.
- Merci fiston ! Et toi, prie pour moi d'vant la crèch' du Bon Dieu.
- Je le ferai ! Joyeux Noël Pèrédoun !
- C’est ça ! Joyeux Noël à tous !
- Quel âge tu as Pèrédoun ? ose demander l’autre fils.
- Tu es indiscret, mon fils, intervient la mère.
- Pas du tout, m’dame, pas du tout ! Mais il y si longtemps que j’suis né, que j’ m’en souviens pas ! »
Et Pèrédoun éclate d’un rire sonore qui s’étrangle soudain, suivi d’une vilaine toux rocailleuse et longue. Pèrédoun se tourne de côté pour cracher.
Reprenant son souflle, le mendiant maugrée : « C’est le cigare. J’aurais pas dû fumer.
- Et pourquoi t’as fumé quand même ?! réplique le plus jeune, bouleversé.
- C’est parce qu’aujourd’hui, c’est comm’ qui dirait mon anniversaire, p’tit. Mais c’était bien, va. Hé ! Vous allez êt’ en retard ! La cloch’ vous appelle ! N’ traînez plus. J’ vais bien dormir. Allez !»
Pendant que Pèrédoun tire à lui la couverture en roulant de côté, sur Fidèle, la petite famille s’éclipse dans la nuit glacée.
A l’église, la cérémonie a commencé.
A minuit, comme c’est la coutume ici, le chantre à la voix la plus forte entonne « Minuit chrétien ». Puis la chorale enchaîne : « Les anges dans nos campagnes …, l’hymne des cieux ... »
Là-bas, dans l’étable, vaches et chien tiennent un vieil homme au chaud .
Là-bas aussi, résonne soudain comme une musique dans l’air. On pourrait croire que c’est la musique du vent dans les lauses du toit, ou encore que c’est le vent qui porte jusqu’ici les cantiques d’Eglise. Peut-être s’agit-il tout simplement du chœur des anges ?... C’est en tous cas une musique bien douce. Ni triste, ni gaie. Une musique céleste pour tout dire.
Les vaches s’arrêtent de ruminer. Celles qui avaient l’oeil fermé l’ouvrent tout rond. Fidèle redresse sa tête et tend l’oreille…
Seul Pèrédoun semble étranger au phénomène.
Alors Fidèle se mêle à la symphonie. Museau pointé vers le ciel, il se met à gémir doucement, longuement.
Pèrédoun n’est plus là.
Pèrédoun s’en est allé.
Pèrédoun ne tousse plus et n’a plus froid.
Il arrive en un pays de lumière, où la neige est parfumée comme pétale d’églantine, douce comme duvet de cygne, où des voix enfantines chantent dans le lointain et scandent joliment : « Pèrédoun ! Pèrédoun ! Pèrédoun !... »
Noël 1949
Et maintenant, le compte-rendu :
Entre Provence et Calvados, un millier de bornes à pied.
(Compte-rendu demandé par une revue locale, en deux pages maxi, d’un mois de pèlerinage en solitaire, l’été 2.000, dans ma soixante cinquième année.)
Devant les difficultés de couples au sein de ma propre famille et de familles amies, j’éprouve le besoin de m’isoler, de respirer et de méditer… l’idée me vient de partir « jubiler » cet été, seul, le long des routes, des sentiers et des chemins, qui conduisent de chez nous à Lisieux, où un vénérable couple, parents de Thérèse, mérite de servir de prétexte et d’être invoqué.
Ma femme est d’accord. ( Je dispose d’un mois) Elle me soutiendra, depuis le camp de base où je prépare sommairement l’expédition : sac à dos, carte-bande centrée sur une ligne droite qui relie la Mas du grand pin à Lisieux, saucissonnée en 29 tronçons-repères de 30 kms.
En quatre sorties, sur des parcours de 5 à 15 kms, j’essaie mes vieux mocassins et mon sac à dos chargé. Aucune autre expérience de longue marche.
Le 12 Juillet, je prends la route, sous un beau soleil, mais contre un Mistral piquant.
Je m’étais donné le passage du Rhône, à Bourg St Andéol, comme point de non-retour. Or, après Cavaillon, (2ème jour), mon genou droit donne des signes de blocage. Il me renvoie à la cruralgie aiguë d’il y a deux ans ! J’appelle ma moitié au secours. Elle vole. Je rentre à la maison quelque peu humilié. « Si demain ça va mieux, mon sac délesté, je reprends la route. »
Le lendemain, inquiète, ma moitié vient me déposer à l’entrée d’Orange.
Mon sac, allégé de deux kilos, ne pèse plus, guitoune comprise, qu’environ 7 kilos ! Un exploit, quand il faut emporter vêtements, gîte et couvert !
Pas à pas, jour après jour, je vais, seul, méditant, priant, bénissant, pestant, me reposant (environ toutes les vingt minutes, pour soulager cinq minutes mes épaules endolories) reprenant le collier, convoquant le Ciel et ceux qui l’habitent, chantant aussi à l’occasion, louant Dieu pour tout ce qu’il fait, a fait et fera, sur les chantiers de l’amour, de la réconciliation et du pardon. Et, comme on a deux jambes, j’ajoute un deuxième volet d’intentions, pensant à mes frères détenus et aussi à mes amis les victimes…
Des moments restent gravés : inoubliable lever de soleil sur Valvignières, paradisiaque vallée de Bézorgues, sueurs à l’assaut du rocher de Cheylard, au pied duquel (1300 m.) Eugène, pépé providentiel, me sauve du vent glacial de la nuit et des sangliers ! Sources de la Loire, ablutions à Retournac, larmes d’émotion dans la petite église romane de Saint Front. Larmes à Ambert, où m’attend Thérèse et où N-D de Layre, une piéta, me bouleverse ! Premier orage sur la vallée de la Dore, en pleine nuit : je veux résister, je patauge et, mouillé, je marche, dès 3 heures du matin jusqu’au soir, sur près de 40 kms. J’évite Thiers et Gannat, mais pas les champs, ni les forêts.
Je ne suis pas un marcheur. Il m’arrive d’avancer lentement, jusqu’à mettre 3 minutes pour faire 100 mètres ! Je dresse ma tente là où je me trouve en fin de jour, dans un coin discret ; le plus souvent dans un bois ; bien avant la nuit ; mais une fois, à 23 heures et sans lune !
Je me lave loin des regards, dans les rares cours d’eau clairs. Je nettoie chaussettes et chemise.
Je mange le long du chemin, selon les possibilités qui s’offrent à moi : sandwichs, conserves réchauffées, soupe aux légumes déshydratés, biscuits ; achats effectués au fur et à mesure - moins de 7,5 euros par jour ( 50 frs) - dans les magasins croisés ; mais je profite aussi des cadeaux de la Providence, tels que prunes dans les fossés, mûres, fraises des bois, cerises sauvages, framboises, myrtilles… Deux barres de céréales, poussées par quelques gorgées d’eau, vers 7 heures du matin, me permettent d’attendre la première boulangerie. Alors, je ne résiste pas à une part de flan pâtissier ! Pas de vin. Peu d’eau de source, mais l’eau des robinets généreusement offerte par l’habitant, ou dans tout cimetière !
Chaque fois que la Reine-des-prés, dont les sommités fleuries ont des propriétés proches de l’aspirine, est à portée de ma main, convaincu qu’elle est mise là par le Ciel pour soigner mes douleurs, j’en mange sans vergogne, malgré l’amertume !
Jamais d’invitation spontanée, sauf une fois, pour boire le pastis ! Jamais de stop, sauf une fois : un gitan me voit sous la pluie, m'invite dans son fourgon pour 6 kms. Deux contrôles de gendarmerie ; bon enfant. Je n’oublie pas cet ado, qui me propose le porte-bagages de sa mob, pour m’avancer jusqu’à la ville où il se rend.
Le sourire de bambins, à qui j’ai fait bonjour, rachète les inévitables clabauderies des chiens. Les papillons de feu se relaient de bout en bout, pour butiner les centaurées. Les fossés de routes sont pollués. Nombre d’oiseaux, de hérissons, de bêtes de toutes sortes paient un lourd tribut à la vitesse. Mais j’ai vu la lapin gambader, le lièvre aussi, la biche reposer au milieu d’un layon , le sanglier détaler, la fouine s’éclipser…Le pigeon ramier et la tourterelle ont bercé mes courtes siestes.
J’ai évité les grandes villes, sauf Bourges, que je traverse , avec une halte à la cathédrale, après de désespérantes lignes droites et avant l’immense et verdoyante Sologne. Quand j’arrive à Beaugency, où j’échappe à un orage, j’ai l’impression de toucher au but. Mais quand je fais le compte, je dois déchanter. La lassitude me guette, d’autant plus que le pays dunois cache bien ses charmes : interminables champs de maïs, interminables champs de blé, encore et encore…Les petits pas me sauvent. Heureusement aussi, Brou étincelle de mille fleurs et chaque village veut rivaliser avec Mousson-Villiers. Nous ne sommes plus en Provence. Ici, c’est le ciel qui arrose… Et, finalement, Lisieux n’est plus très loin !
A Aigle, après une journée copieusement mouillée, le Ciel me suggère de contacter le curé du coin : je cherche un coin sec, où pouvoir dérouler ma natte. On m’offre deux lits ! Le soir suivant, je squatte une remise abandonnée. La dernière ligne droite, à la fois me pèse et me comble : je croise Marcel, un vieux marcheur « pour la paix » - 82 ans et plus 40.000 kms dans les pattes !- qui se rend à Chartes ; quant à moi, en fin d’après-midi, je touche au but.
Mon ami André, petit « miraculé » de Thérèse, a œuvré pour que sœur Cassien m’accueille, qu’Annick et Bernard me recueillent, juste après être allé déposer ma « besace d’intentions » sur la tombe de Zélie et Louis Martin. C’était le 10 Août.
Groggy, comme enivré, le 11 je plane sur Lisieux, dans l’abandon…
Le 12, je rentre chez nous par voie ferrée.
Le seul fait d’avoir pu rallier Lisieux de cette façon m’étonne moi-même et constitue pour moi une véritable grâce. Cette sorte d’exploit ne me paraissait réalisable qu’avec l’aide du Ciel. Un peu comme toute une vie à traverser en couple dans la fidélité.
Pour le reste, on m’a dit : « Tu verras, une pluie de grâces va s’abattre autour de toi ! » Mais c’est comme après une sècheresse, il faut craindre l’orage dévastateur. Et c’est un peu ce qui se passait, pendant que je marchais en tous cas. Tout semblait tomber sur les épaules de ma chère épouse, restée seule, vivant à sa manière et à sa place l’épreuve du pèlerinage. Les forces du mal se liguaient, comme pour se venger sur elle, et lui faisaient vivre l’enfer ! Les « grâces » ressemblaient à des catastrophes, comme les douleurs de l’enfantement peuvent évoquer les portes de la mort, alors que la vie est en train de naître. Jusqu’à mon retour.
Alors, peu à peu, tout s’est dénoué, apaisé, éclairé.
La vie a pris une autre dimension.
Non, le Ciel n’est pas vide. L’Eternel est présent. Il nous aime.
...et je vous aime aussi!
Fin.